arrivée et rencontres

Mon récit prends son commencement au jour du 28 novembre de l'année 32 du règne du roi Harry. Ce fut le jour de mon arrivée à la ville de Darf. Cette petite ville sur le littoral ouest ne présentait pour moi aucun intérêt jusqu'à ce que je reçoive une lettre d'oncle Vincent me sommant de l'y rejoindre dans les plus brefs délais. Ayant abandonné mes études de droit le mois précédent, cette invitation me tira du dés½uvrement auquel je me livrais dans la maison paternelle. Oncle Vincent, cadet des fils Wyatts, m'avait toujours prit sous son aile. C'était un homme fantasque, aux histoires et anecdotes exubérantes et extraordinaires. En cette année de mes vingt-trois ans, je décidais de suivre sa voie au grand damne de mon père. Vincent m'avait proposé dans sa missive de me prendre en tant qu'apprenti au métier de nécromancien. C'était avec une grande perplexité que j'avais découvert cette proposition, ainsi qu'un énorme sentiment de suffisance et de fierté. Je me rappelais avec candeur des exploits nécromants contés par mon oncle lorsque j'étais enfant. Bien sur à présent je savais qu'une grande part d'imagination s'était immiscée dans ces histoires fabuleuses et étranges, mais c'est avec excitation que je me demandais si un jour moi aussi je vivrais de telles aventures.
La petite gare de Darf était sombre et grise, à l'image du ciel qui la surplombait. Un vent froid et sec s'immisçait sous mon manteau et je grelottais, ma valise solidement calée entre mes jambes, attendant l'arrivée de mon oncle. Il ne m'avait laissé aucun numéro ni adresse où je pourrais le joindre. Aux alentours de six heures du soir, je le vit enfin près du bureau central. Il me serra la main chaleureusement et s'extasia sur mon inexistante croissance. Me prenant ma valise et le bras, il s'empressa de me mener à une calèche étroite et sentant le renfermé. Avec toute l'innocence du jeune homme vivant à la capitale que j'étais, je n'aurais jamais imaginé jusqu'à cet instant qu'il resta encore un endroit au royaume où les gens se déplaçaient encore avec des chevaux.
« Mais bien sur, bien sur, en campagne l'avancée technologique est moindre, c'est ce qui fait tout son charme, répondis mon oncle à ma question muette. Ah au fait tu te demande surement pourquoi je t'ai fait venir en cet endroit? Eh bien figure toi que dans cette charmante petite ville se trouve le début d'une route qui mène à un magnifique manoir. C'est bien évidemment le lieu de notre destination, mais je t'en dirais plus lorsque nous y serrons. Pour le moment je vais dormir, tu n'imaginerais pas toutes les choses que j'ai pu faire cette nuit! »
Et sur ce il ferma les yeux en se recroquevillant dans un coin de la cabine. Quelques minutes plus tard je l'entendais ronfler. Je passait le trajet à observer le soleil se couchant sur la campagne que nous traversions. Il faisait froid et j'étais fatigué, mais je me tenais droit et sage sur mon siège respectant l'éducation stricte que j'avais reçue, bien que personne ne pu me voir en cet instant.
L'arrêt des chevaux me sortit de la torpeur froide dans laquelle j'étais tombé. Nus étions arrivés devant une imposante grille de fer forgé. Je passait la tête hors de la cabine dans l'obscurité de la nuit pour demander au chauffeur où nous nous trouvions. Il me répondis avec un fort accent campagnard qu'il avait accomplit sa part du marché et qu'il devait être payé maintenant. Qu'il était temps pour lui de repartir. Mon oncle se réveilla avec aisance et se chargea de parler avec le coché en m'exhortant d'entrer dans la demeure.
Hésitant, je poussait légèrement la grille froide et rouillée, qui poussa un faible gémissement. Je ressentis un frisson me courir le long de l'échine et me morigéna, je n'étais point de ces couards qui tournent le dos à la moindre frayeur. D'un pas que je voulait rassuré j'entrais dans l'allée sableuse de la demeure et cherchais des yeux la moindre lueur à laquelle me raccrocher. Je m'arrêtais à quelques pas de la grille et scrutais les ténèbres qui m'encerclaient. Derrière moi me parvenait le bruit étouffé du coché qui semblait effrayé et du rire jovial de mon oncle. Les sons me paraissaient lointains, pourtant j'aurais juré me trouver à faible distance de l'entrée.
Quelque chose frôla ma taille, et je dois reconnaître avec honte que je poussa un cri.
« Bonsoir »
Tout près de moi se trouvait un homme dont seul la faible clarté de sa peau ressortait de la nuit, ainsi qu'à ses côtés une énorme bête aux yeux brillants. Je ne sus que dire. C'est avec soulagement que j'entendis mon oncle me rejoindre à grands pas, la calèche était repartie. Il s'adressa à l'homme avec une sympathie et un entrain déplacé dans cette atmosphère lugubre.
« Eh bien Sébastian, vous voilà bien accueillant comme à votre habitude! Je vous présente mon neveu, je m'en vais lui enseigner quelques petites choses. Ce serrait utiles par les temps qui courent, n'est-il pas? »
Sébastian ne répondit pas et mon oncle continua après quelques secondes de silence.
« Oh mais je remarque que vous avez apporté un chandelier, quelle noble attention! Auriez-vous l'amabilité de nous conduire au manoir? Il fait tellement sombre, il semblerait que j'ai sous estimé le temps nécessaire à nous conduire à destination. Mais la duchesse ne se couche pas tôt si mes souvenirs sont exacts. »
Il partit d'un grand éclat de rire qui se perdit dans la nuit. Je commençait sérieusement à avoir froid et cette ambiance mystérieuse ne me plaisait pas vraiment. Le chandelier qui se trouvait effectivement dans la main du majordome s'alluma tout seul et une vague lumière éclaira l'espace alentour.
« Oh fabuleux, fabuleux! Mais dites moi Sébastian voici encore une technique que je ne connais pas, vous n'en finirez jamais de m'étonner. »
Sans un mot il se mit en route et nous le suivîmes, le sable craquant sous nos pas. La bête qui m'avait effrayé l'instant auparavant ne semblait plus se trouver ici, et c'est avec soulagement que je suivait les bougies jusqu'à une porte, au terme d'une immense allée.
Nous pénétrâmes dans une petite pièce éclairée et chaude, qui sentait le miel. L'entrée du manoir était décorée pudiquement mais cette impression d'intimité me rassérénera. Avec plaisir je sentit le bout de mon nez accueillir l'air chaud de la pièce. A la lumière je pu mieux observer le majordome. Il était grand et fin, d'apparence jeune bien que ses habits soient dépassés. Je mis cela sur le compte de la campagne. Il faudrait que je m'habitue à ne plus vivre à la capitale, me répétais-je. Il sembla remarqué que je le détaillais et posa sur moi un regard sombre et méfiant. J'eus un petit réflexe de recul.
« Bon eh bien j'imagine que mon neveu n'a pas besoin de rencontrer la duchesse ce soir. Vous serriez bien aimable de nous préparer des chambres et d'aller chercher nos bagages à l'entrée Sébastian. J'imagine qu'il eut été plus convenable de vous le signaler tout à l'heure, cela vous aurait évité de retraverser cette allée. Ce que je peux être étourdit parfois! »
Le majordome ne répondis pas mais sembla également penser que c'eût été préférable.
« Elle est dans le salon vert. Vous, vous attendez ici. »
Il ressortit dans le noir. Vous c'était moi. Vincent sourit et ouvrit une porte en me lançant rapidement:
« A demain! »
Il disparut aussitôt. Je me sentis mal à l'aise, hésitant entre le suivre et rester dans l'entrée comme Sébastian me l'avait ordonné. La pensé que j'avais peur de ne pas lui obéir me déplaisait.
Je commençais à me demander si j'étais condamné à rester dans cette entrée toute la nuit lorsque la porte par laquelle mon oncle était partit se rouvrit. Une jeune femme en sortit et m'adressa un doux sourire en me regardant dans les yeux. Je ne saurais dire ce qui me troubla le plus. Peut être était-ce du au fait que dans ma vie je n'avais jamais reçus directement de sourire aussi chaleureux et intime de la part d'une fille. Non, fille serait trop vulgaire pour la décrire. L'être qui me faisait face était plus qu'humaine, elle dégageait quelque chose d'incroyablement attirant et effrayant à la fois. Mon trouble s'accentua lorsqu'elle me parla. Je cligna des yeux et me concentra sur ses propos plus que sur sa voix basse et veloutée.
« Bonsoir. Je suis mademoiselle Rouge. On m'a demandé de vous conduire à votre chambre. »
Je fus désarçonné. J'avais tacitement établit qu'une telle personne ne pouvait qu'être la propriétaire de ce lieu. La duchesse, tel était son nom, était forcément cette belle et gracieuse femme qui m'attirait par son simple sourire. Non, elle n'était qu'une vulgaire bonne. Constatant que je ne bougeait pas, elle me prit par la main et m'entraina dans un escalier. Je sortis de mon hébétement et rougis, je me sentais comme un petit garçon dont la nounou prends la main quand il a peur du noir. Il se trouvait effectivement que l'escalier peu éclairé n'était pas rassurant, ainsi que les bruits vagues et tamisés que j'entendais et dont je n'avais aucune idée de ce qu'ils représentaient et d'où ils venaient. Mais je dois reconnaître que le fait d'avoir ma main serrée dans la sienne, menue et froide, était assez agréable. Elle me mena à travers un dédale de couloirs et d'escaliers, seulement éclairés par la bougie qu'elle tenait adroitement de son autre main.
Elle me planta devant une large porte en bois sombre et récupéra ses doigts pour tirer une paire de grosses clefs métalliques de ses jupes. Au bruit de la serrure rouillée je devinais que la pièce n'étais pas souvent utilisée, pourtant je découvrait une chambre chaude et accueillante, avec un feu ronflant dans la cheminée. J'entrais et me retournais pour dire quelque chose à la bonne. Une vague et appréciatrice critique sur l'entretient des pièces, n'importe quoi qui puisse ressembler à un compliment. Je me tus avant d'avoir dit quoi que ce soit, réalisant que je ne serais que ridicule. Elle recula légèrement et me sourit encore.
« Dormez bien Nathan. »
Elle referma rapidement la porte et tourna la clef. Je réalisa froidement qu'elle m'avait enfermé dans la pièce. J'acceptais avec fatalisme la situation, il y avait un lit et j'étais rompu de fatigue. Je me glissais avec bonheur dans les draps frais et fermais les yeux, laissant le feu crépiter doucement. Après quelques minutes aux portes du sommeil je rouvris brusquement les yeux. Comment savait-elle mon nom?

# Posté le samedi 26 septembre 2009 13:35